Joan Crawford (Français)

Les années MGMModifier

Joan Crawford à l’avènement du parlant

Elle commence à 17 dollars la semaine pour la MGM, double Norma Shearer qui deviendra sa rivale attitrée et multiplie les figurations. Elle tourne en 1925 dans Pretty Ladies et obtient son premier rôle important dans Vieux Habits, Vieux Amis. Mais son nom ne convient pas : un concours national est lancé pour lui trouver un pseudonyme et la voilà rebaptisée Joan Crawford. La transformation peut commencer.,

Elle tourne dans plus de vingt films muets en quatre ans dont Plein les bottes avec Harry Langdon, L’Inconnu de Tod Browning avec Lon Chaney, Un soir à Singapour avec Ramon Novarro. Ambitieuse et impatiente de réussir, elle veut progresser. Elle assiste à d’autres tournages, elle fréquente leurs réalisateurs et les stars de l’époque, mais ça n’avance pas assez vite à son goût.  » Comment décrocher un bon rôle quand Norma Shearer couche avec le patron ?  » dira Joan Crawford. Norma Shearer était en effet mariée à Irving Thalberg, le grand producteur de la MGM., Elle trouve enfin le succès et la consécration en danseuse de night-club dans Les Nouvelles Vierges de Harry Beaumont, rôle initialement prévu à Clara Bow. Film symbolique sur l’ère du jazz qui bat alors son plein, elle y incarne une jeune fille  » moderne « , cheveux courts, buvant sec et changeant de partenaires masculins avec désinvolture. Elle y gagne ses galons de star.

Dès lors Louis B. Mayer, le directeur de la MGM, la bichonne et lui achète une maison et une voiture de luxe. La transformation continue, on la coule dans un moule et on lui crée une image de toutes pièces., Les esthéticiennes des studios se mettent au travail. « …Elle copie l’allure de Gloria Swanson et se fait la bouche de Mae Murray. Elle accentue le relief de ses pommettes, épile et arque ses sourcils. Elle subit des interventions chirurgicales à la mâchoire pour redresser ses dents. L’émail si blanc de ses dents est le résultat de ces longues et douloureuses opérations. Elle se soumet à des régimes stricts et à un entraînement physique sévère. « . Elle est confiée aux bons soins du brillant costumier Adrian, qui se charge, en 1929, de créer le style  » Crawford  » : glamour et sexy., Jusqu’en 1943, il dessina toutes ses toilettes à l’écran et presque toutes celles qu’elle porta à la ville. Il dira d’elle :  » Joan est quelqu’un de très hardi et de très déterminé. C’est pourquoi elle est copiée. Il n’y a rien de négatif chez elle. Alors des milliers de femmes sont forcées de l’imiter, non seulement parce qu’elles sont persuadées qu’elles peuvent lui ressembler mais aussi parce qu’elles espèrent pouvoir acquérir ce tempérament positif qui contribue à son rayonnement. « ., Un jour, enfin, elle  » trouve  » son personnage : lèvres charnues soulignées d’un rouge à lèvres agressif, œil et cils maquillés de façon à approfondir le regard, sourcils épais. Elle sera transformée en une des plus grandes légendes de l’écran noir et blanc par la grâce de la machine à fabriquer les stars qu’est la MGM.

Clark Gable et Joan Crawford dans Fascination

En 1929, elle passe avec succès  » l’examen  » du parlant avec Indomptée de Jack Conway. À cette époque, Joan Crawford est l’épouse de Douglas Fairbanks Jr., (le mariage eut lieu à l’église Saint-Malachie du Theater District), relation qui fait les choux gras de la presse du cœur. Grâce à lui, elle pénètre dans les milieux les plus fermés de la haute société hollywoodienne. Bien que les célèbres père et belle-mère de son mari, Douglas Fairbanks et Mary Pickford, n’approuvent pas leur mariage, on la voit souvent à Pickfair, le domaine des Fairbanks, haut lieu du  » beau monde  » cinématographique.

Les rôles de Greta Garbo et Norma Shearer l’attirent : aussi quand cette dernière, enceinte, doit s’arrêter, elle la remplace dans Paid en 1930., Joan Crawford gagne alors autant d’argent que ses deux stars rivales de la MGM. Garbo est d’ailleurs troublée par cette jeune star risquant de l’éclipser, dans le film d’Edmund Goulding de 1932, Grand Hotel, réunissant quelques-unes des plus grandes stars de la MGM et où Joan Crawford prouve que son jeu peut rivaliser avec celui de Garbo.,

Pluie (1932)

Au moment de la  » Grande Dépression  » des années 1930, Joan Crawford incarne dans une série de films des personnages  » au quotidien  » auxquels les spectateurs peuvent s’identifier, contrairement aux inaccessibles stars du muet., Ce sont des rôles de jeunes vendeuses ou d’employées faisant leur chemin dans la vie malgré les difficultés et qui atteignent un niveau social élevé tout en vivant dans le regret et le remords d’avoir renié leurs origines modestes, dans des films comme : Fascination de Clarence Brown avec Clark Gable, Le Tourbillon de la danse (1933) de Robert Z. Leonard avec de nouveau Clark Gable, Vivre et aimer (1934) de Clarence Brown et surtout Mannequin (1937) de Frank Borzage avec Spencer Tracy (avec qui elle aura une liaison brève et torride)., Dans ce rôle, Joan Crawford donne une de ses meilleures interprétations. Sortant tout juste d’une liaison secrète et intense avec Myrna Loy dont il était fou amoureux, Spencer Tracy jette son dévolu sur Joan Crawford. Cette dernière, durant sa liaison avec lui pendant le tournage de Mannequin est incommodée par l’alcoolisme de l’acteur, gênant leur relation,. Elle a reconnu qu’il était un grand acteur, mais que son  » alcoolisme était un vrai problème « , rendant impossible un second film avec lui.

Pendant cette période, elle forme avec Clark Gable le couple idéal et explosif de la MGM.,  » M. Mayer avait flairé dans le courant qui passait entre Clark et moi la possibilité de réaliser un gros boom financier Les films que nous tournions faisaient tous recette… « . Ils jouèrent ensemble dans huit films, de genres variés : des mélodrames comme La Pente, leur premier film ensemble, La Pécheresse, Fascination (Possessed) ; un drame sentimental La Passagère ; un film musical Le Tourbillon de la danse ; des comédies légères Souvent femme varie, Loufoque et Cie et même un film d’aventure carcérale Le Cargo maudit. L’actrice évoquera également une liaison avec l’acteur.,

Joan Crawford dans Femmes, sa robe très épaulée a été créée par le costumier attitré de la MGM Adrian

Divorcée de Douglas Fairbanks Jr. en 1933, elle épouse l’acteur Franchot Tone en 1935, qu’elle impose dans plusieurs de ses films. Mais la magnifique mécanique s’enraye et à la fin des années 1930 le succès n’est plus au rendez-vous. Trop cantonnée dans des rôles de jeune fille pauvre et ambitieuse, dans les mélodrames typiques de la  » Grande dépression « , l’actrice a du mal à se renouveler., Malgré quelques essais, elle est mal à l’aise dans la screwball comedy et trop moderne pour les films à costumes. On la qualifie de  » calamité pour le box-office « . La MGM qui a reconduit son contrat à 300 000 dollars par an (pour cinq années) s’inquiète.

Marcel Pagnol a, pendant un moment, pensé à l’engager pour le rôle d’Aurélie dans La Femme du boulanger, et a contacté son agent ; comme elle ne parlait pas le français, il a réduit ses répliques au minimum, avant de confier finalement le rôle à Ginette Leclerc., Femmes de George Cukor, en 1939, lui rend pour un moment la confiance de son public. Avec son casting exclusivement féminin, le film la confronte, pour la dernière fois, à sa grande rivale Norma Shearer. On peut citer dans cette fin de règne à la MGM : Le Cargo maudit de Frank Borzage où Joan Crawford retrouve pour la dernière fois son partenaire favori, Clark Gable, et deux films de George Cukor Il était une fois et Suzanne et ses idées. Les films suivants sont des échecs et sa carrière à la MGM s’effondre., En 1943, elle quitte par  » la petite porte  » la compagnie après 18 ans de bons et loyaux services.

Les années Warner BrosModifier

Après avoir fait le siège de la Warner Bros, la compagnie lui ouvre ses portes avec l’idée surprenante d’en faire la rivale de la grande star maison, Bette Davis, un choix sans doute prescrit pour calmer les revendications de cette exigeante actrice qui avait eu bien des conflits avec Jack Warner, le patron de la compagnie, et peut-être même pour lui succéder.,

Joan Crawford dans Le Roman de Mildred Pierce

Joan Crawford va prendre son temps et examiner les projets qu’on lui propose pour réussir son retour. C’est sur un scénario rejeté par Bette Davis et Barbara Stanwyck qu’elle va faire son choix. Et bien qu’elle soit au creux de la vague, Crawford va réaliser un come-back retentissant avec Le Roman de Mildred Pierce., Un rôle qu’elle hérite suite au désistement de nombreuses actrices comme Ann Sheridan, Olivia de Havilland, Joan Fontaine ou Rosalind Russell, étant engagées dans d’autres projets. Sa meilleure amie et confidente, Myrna Loy, elle aussi contactée renonce au rôle, après avoir repris clandestinement sa liaison amoureuse avec Spencer Tracy auprès de qui elle veut jouer dans un film Le maître de la prairie,,. Les actrices sollicitées étant indisponibles, Myrna Loy étant enlacée à son amant, Joan Crawford a désormais le chemin libre pour s’investir dans ce projet., Ce film, un mélange de mélodrame et de film noir, est l’histoire d’une mère désenchantée, il est réalisé de façon magistrale par Michael Curtiz et rarement Crawford est aussi émouvante et ce malgré ses rapports difficiles avec le cinéaste. C’est le succès critique et public, avec une recette de cinq millions de dollars. James Cain, auteur du roman dont est adapté l’œuvre, ému par sa prestation lui offre un exemplaire, relié de cuir, de son ouvrage avec une dédicace :  » À Joan Crawford, ma gratitude éternelle à celle qui donna vie à Mildred comme j’avais toujours espéré « ., Michael Curtiz, lui-même, reconnaît s’être trompé sur son compte. Elle déclare :  » Le personnage que je jouais dans le film était un mélange des rôles que j’avais joués précédemment et d’éléments provenant de ma propre personnalité et de mon propre caractère. Pas tellement d’ailleurs la souffrance, car je crois trop à la Christian Science pour souffrir des heures et des heures. Mais mes univers professionnel et personnel avaient tant évolué… Des amis étaient morts ou partis… Le public lui-même ne semblait plus savoir ce qu’il souhaitait…, Les compagnies cinématographiques avaient de plus en plus de problèmes. Mes jours dorés et souvent glorieux s’étaient achevés et Mildred Pierce apparaissait comme une sorte de célébration amère de la fin. ». Elle reçoit la consécration avec l’Oscar de la meilleure actrice et sa carrière redémarre. La Warner lui signe un contrat pour 7 ans à deux cent mille dollars par film. Le soir de la cérémonie des Oscars, Joan Crawford prétexte une pneumonie, et c’est alitée, parfaitement pomponnée, qu’elle reçoit la précieuse statuette.,

Son film suivant, Humoresque, confirme la résurrection de la star et dès lors, toutes ses apparitions se soldent par un succès commercial : Femme ou maîtresse d’Otto Preminger, La Possédée, Boulevard des passions de Michael Curtiz, L’Esclave du gang, Le Masque arraché. En 1952, Joan Crawford quitte la Warner et devient indépendante.

Le chant du cygneModifier

Elle revient triomphale à la MGM en 1953, après dix années d’absence, pour tourner un film musical La Madone gitane., Mais surtout, elle tourne Johnny Guitare en 1954, western baroque et flamboyant, un film de Nicholas Ray qui lui offre un de ses plus beaux rôles, celui de la farouche Vienna. Elle continue de tourner dans des mélodrames, ces  » films de femmes  » qui sont maintenant rivées devant le petit écran et le préfèrent au grand. De plus, avec l’âge, les rôles se font de plus en plus rares.

Joan Crawford tourne son chant du cygne en 1962 avec Robert Aldrich dans Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? face à Bette Davis., Confrontées pour la première fois, la rencontre des deux monstres sacrés est terrible et vire à un véritable affrontement. Lors de la cérémonie des oscars 1963, Crawford monte sur scène pour recevoir l’Oscar de la meilleure actrice attribuée à Anne Bancroft (absente de la cérémonie) et fait ainsi un de pied de nez à sa rivale Bette Davis (qui était pressentie pour la statuette). Mais le film est un succès et redonne aux deux stars une renommée internationale. C’est un tel triomphe qu’une suite est entreprise en 1965, Chut…, Chut, chère Charlotte, mais Joan Crawford tombe malade et déclare forfait. C’est Olivia de Havilland qui la remplace auprès de Bette Davis.

Elle joue par la suite dans des films d’horreur et travaille beaucoup pour la télévision. Elle est dirigée en 1969 par Steven Spielberg dans l’épisode The Eyes, un des trois épisodes pilotes de Night Gallery. Après un dernier film en Grande-Bretagne en 1970, Trog, elle met un terme à sa carrière.Joan Crawford meurt à New York le 10 mai 1977 d’un infarctus du myocarde, alors qu’elle souffrait d’un cancer du pancréas.,

Vie privéeModifier

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Selon certaines sources, notamment dans le livre de sa fille adoptive Christina, Joan Crawford aurait été bisexuelle. Comme d’autres acteurs dans ce cas, elle aurait dû cacher son orientation sexuelle afin de préserver sa popularité. Un livre paru en 2012 affirme qu’elle aurait eu une relation avec Marilyn Monroe., Ces informations sont réfutées par d’autres de ses biographes (pour Donald Spoto, aucun document ne viendrait confirmer ces rumeurs).

Après un troisième mariage avec l’acteur Phillip Terry de 1942 à 1946, elle épouse le PDG de Pepsi-Cola, Alfred Steele (en), en 1955. Il lui lègue la société, à sa mort en 1959, et elle s’installe au comité de direction de la multinationale pendant quinze ans.

N’ayant pu avoir d’enfants, l’actrice avait adopté trois filles : Christina, les jumelles Kathy et Cindy, ainsi qu’un garçon : Christopher., Christina, déshéritée comme son frère Christopher, de toute part d’héritage, publie en 1979, après la mort de sa mère, une biographie Maman très chère (Mommie Dearest), très critique sur sa manière d’éduquer ses enfants. Le livre fera l’objet d’une adaptation cinématographique avec Faye Dunaway dans le rôle de Joan Crawford, dépeinte en mère violente et cruelle envers ses deux aînés, Christina et Christopher.

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